‍ ‍

Quelles sont les exigences de ce sport envers l'athlète ?

‍ ‍

C'est là la question fondamentale qui sous-tend toute analyse des besoins. Dans le domaine des sciences du sport et de la préparation physique, une analyse des besoins est le processus systématique qui consiste à déterminer ce qu'exige une discipline sportive et ce que l'athlète doit faire pour répondre à ces exigences. Elle décompose la performance en ses éléments clés : les mouvements requis, les systèmes énergétiques sollicités, les blessures courantes à prévenir et les caractéristiques propres à la personne entraînée. Il s'agit, en substance, du plan d'action permettant d'atteindre des performances optimales.

‍ ‍

Une analyse des besoins bien menée, c'est comme tracer une carte avant de partir en voyage. Il faut bien connaître le terrain (le sport) et le voyageur (l'athlète) pour tracer l'itinéraire le plus efficace. C'est là que l'entraînement passe d'une approche générique à une approche ciblée, et qu'on passe du simple fait de « travailler dur » à celui de « s'entraîner intelligemment ».

‍ ‍

Une analyse approfondie des besoins s'articule autour de plusieurs axes essentiels. Ensemble, ceux-ci offrent une vision globale de la manière de préparer un athlète à la compétition :

‍ ‍

Analyse du mouvement

‍ ‍

Quelles sont les exigences physiques de ce sport pour le corps ?

‍ ‍

Chaque sport possède sa propre « signature motrice ». Le sprint, le saut, l'haltérophilie, les rotations et le port de charges imposent chacun des contraintes spécifiques au corps. Une analyse du mouvement permet d'identifier les articulations, les muscles et les schémas de mouvement les plus sollicités dans ce sport. Elle décompose la biomécanique en termes clairs, en expliquant quels mouvements prédominent, comment la force est produite et absorbée, et quelles techniques doivent être répétées en situation de fatigue.

‍ ‍

Par exemple, un footballeur peut être amené à effectuer des sprints répétés, des changements de direction rapides et des tirs puissants. Un nageur doit effectuer des mouvements cycliques du haut du corps et maîtriser ses rotations. Et un athlète de CrossFit ? Il doit réaliser une grande variété de mouvements, allant des squats aux tractions en passant par les montées à la corde, le tout à un rythme soutenu.

‍ ‍

En résumé, une analyse du mouvement permet de comprendre comment le corps pratique ce sport et ce qu’il faut travailler pour s’adapter à ces schémas.

‍ ‍

Heureusement, en ce qui concerne les courses de fitness en format fixe, nous savons exactement quels schémas de mouvement sont utilisés.

‍ ‍

Analyse physiologique (systèmes énergétiques)

‍ ‍

Quels sont les systèmes énergétiques qui favorisent la performance ?

‍ ‍

Ce sport nécessite-t-il des efforts courts et explosifs ? Un effort aérobie prolongé ? Des efforts répétés de haute intensité avec des temps de repos limités ? Une analyse physiologique examine la durée de l'épreuve, son intensité et les rapports entre effort et repos. Elle prend en compte la fréquence cardiaque moyenne, les exigences en matière de VO₂ max et l'accumulation de lactate.

‍ ‍

Tous les systèmes énergétiques fonctionnent de concert, mais l'un d'entre eux prédomine en fonction de l'intensité et de la durée de l'activité. Un sprint de 100 mètres repose principalement sur le système ATP-PC, qui permet un effort bref et maximal. Un marathon est quant à lui dominé par le système aérobie. Des sports tels que le rugby, le football ou la course à pied se situent entre ces deux extrêmes et nécessitent une interaction continue entre les systèmes, l'intensité variant tout au long de l'épreuve.

‍ ‍

  • Le système ATP-PC est le premier à entrer en action lors de tout mouvement, car il fournit une énergie immédiate à partir de la phosphocréatine stockée, mais ses réserves s'épuisent rapidement (en environ 10 secondes).

  • Le système glycolytique (anaérobie) prend ensuite le relais, fournissant l'énergie nécessaire à une activité d'intensité modérée à élevée pouvant durer jusqu'à environ 2 minutes, en utilisant le glucose sans oxygène.

  • Le système aérobie fonctionne en permanence en arrière-plan et met plus de temps à prendre le dessus (généralement au bout de 20 à 30 secondes), mais c'est le système le plus efficace pour produire de l'ATP (adénosine triphosphate) sur de longues durées à l'aide de l'oxygène.

‍ ‍

L'ATP est la principale source d'énergie de l'organisme ; il alimente la quasi-totalité de l'activité cellulaire et musculaire : les systèmes énergétiques ont pour fonction de le produire.

‍ ‍

Savoir quels systèmes prédominent permet de déterminer comment les athlètes doivent s'entraîner : s'ils doivent privilégier la base aérobie, les intervalles anaérobies ou la récupération entre les efforts. Il ne s'agit pas simplement d'être en forme, mais de développer le bon type de condition physique. Cela ne signifie toutefois pas qu'il faille se concentrer uniquement sur un seul domaine ; l'élaboration d'un programme consiste à définir ses priorités tout en développant l'ensemble des systèmes qui viennent compléter le tout.

‍ ‍

Profil de risque de blessure

‍ ‍

À quel endroit le corps est-il le plus vulnérable ?

‍ ‍

Chaque sport a ses zones à risque en matière de blessures. Les basketteurs souffrent souvent d'entorses de la cheville et de blessures au genou. Les haltérophiles sont confrontés à des claquages dorsaux et à des problèmes d'épaule. Les coureurs sont victimes de blessures au genou, au tibia et au tendon d'Achille.

‍ ‍

Une analyse des besoins passe en revue les données relatives aux blessures courantes et identifie les mouvements, les muscles ou les techniques les plus susceptibles de poser problème. Elle examine également les causes des blessures, qu'elles soient dues à un choc, à une sollicitation excessive, à un manque de mobilité ou à des défaillances techniques liées à la fatigue.

‍ ‍

Il ne s'agit pas seulement de réagir face aux blessures, mais aussi de les prévenir. En identifiant les zones à haut risque dans la pratique de ce sport, on peut mettre en place un entraînement visant à renforcer les points faibles, à améliorer la stabilité et à corriger les défauts techniques avant que des problèmes ne surviennent.

‍ ‍

Profil de l'athlète

‍ ‍

Qui est cet athlète, et quel est son niveau de départ ?

‍ ‍

Même si deux personnes participent à la même épreuve, leurs besoins peuvent être radicalement différents. Un athlète de haut niveau de 30 ans, fort d’une décennie d’entraînement, n’a pas besoin du même programme qu’un débutant de 50 ans. C’est là que le profil individuel entre en jeu.

‍ ‍

Elle prend en compte l’ancienneté d’entraînement, les antécédents de blessures, la morphologie et la composition corporelle, la qualité des mouvements, la préparation psychologique, ainsi que les points forts et les points faibles actuels. Un athlète peut posséder une endurance exceptionnelle, mais manquer de puissance. Ou bien disposer d’une grande force, mais d’une mauvaise capacité aérobie. Ces informations permettent aux entraîneurs de personnaliser leur approche, afin de combler l’écart entre l’état actuel de l’athlète et les exigences de la discipline. Cela ne signifie pas que l’entraîneur doive réinventer la roue pour chaque athlète, mais qu’il doit procéder aux ajustements nécessaires pour optimiser le programme en fonction de chaque individu.

‍ ‍

Besoins techniques et tactiques

‍ ‍

Que doit faire et savoir un athlète pour gagner ?

‍ ‍

Tous les sports ne reposent pas nécessairement sur la tactique, mais c'est le cas de nombreux d'entre eux. Les exigences pour un sprinteur sont principalement physiques. Un boxeur, en revanche, doit également maîtriser la stratégie, le timing et la capacité d'adaptation. La maîtrise technique est tout aussi essentielle : en haltérophilie, il s'agit de la technique sous effort ; en gymnastique, c'est le contrôle du mouvement ; dans les courses d'endurance, ce sont la technique d'exercice, la gestion de l'effort, l'efficacité dans les transitions et la régularité malgré la fatigue.

‍ ‍

En analysant les aspects techniques et tactiques de ce sport, les entraîneurs peuvent identifier les domaines dans lesquels il est nécessaire de développer les compétences, non seulement pour devenir plus fort ou plus rapide, mais aussi pour apprendre à se déplacer, à savoir quand se donner à fond et comment concourir de manière intelligente.

‍ ‍

Ensemble, ces domaines constituent la base de toute analyse efficace des besoins. Il s'agit d'un cadre qui met en évidence l'écart entre les exigences d'un sport et les performances actuelles d'un athlète. Une fois cet écart identifié, l'entraînement peut être conçu avec précision, en ciblant les bons systèmes, en corrigeant les points faibles, en optimisant les points forts et en développant les capacités là où cela compte le plus.

‍ ‍

Dans les sections suivantes, nous utiliserons ce modèle pour analyser les exigences spécifiques des courses de fitness. Que faut-il pour réussir un « Deadly Dozen » ? Ou un «Hyrox» ? Ou n’importe quelle compétition où l’enjeu n’est pas seulement la vitesse ou la force, mais la polyvalence ?

‍ ‍

Voyons voir.

‍ ‍

Analyse des besoins pour la course de fitness

‍ ‍

La course de fitness est un sport récent et en pleine évolution, mais elle peut, et doit, être analysée avec la même rigueur que les disciplines athlétiques traditionnelles. Le défi réside dans sa complexité : la course de fitness ne se résume pas à un seul mouvement ou à un seul système énergétique. C’est un sport hybride. Elle allie la course à pied à la musculation, le travail aérobie à l’endurance-force, et la ténacité individuelle à la stratégie de compétition. Pour l’analyser correctement, nous devons la décomposer par format, puis en extraire les points communs qui définissent ce sport.

‍ ‍

Nous commencerons par nous intéresser aux épreuves en solo, dans lesquelles un athlète doit relever l’intégralité du défi seul, sans le soutien ni la diversité apportés par des coéquipiers. Parmi les exemples phares, on peut citer Hyrox, Deka et Deadly Dozen. Bien que leur image de marque et leur organisation puissent varier, les exigences fondamentales sont étonnamment similaires et extrêmement complètes.

‍ ‍

Solo Fitness Racing

‍ ‍

Les courses de fitness sont conçues comme des parcours d’obstacles enchaînés, alliant la course à pied à des exercices fonctionnels. Une course Hyrox typique, par exemple, comprend huit tours de 1 km de course à pied, chacun suivi d’un atelier exigeant : ski erg, poussée de traîneau, traction de traîneau, saut en longueur avec burpee, rameur, transport de poids, fentes avant, wall ball. Durée totale ? Entre 50 et 120 minutes (voire plus pour certains). C'est un test physique complet qui s'ajoute à une épreuve d'endurance sur moyenne distance.

‍ ‍

Deka suit une philosophie similaire : dix « zones » de fitness fonctionnel, séparées chacune par des courses de 500 mètres. Les exercices proposés sont les suivants : fentes RAM, rameur, pas par-dessus une boîte, abdominaux avec ballon médicinal, simulateur de ski, transport de poids, soulevé de balle contre le mur, poussée/traction du tank et burpee RAM. La structure est fixe et reproductible, mais le défi reste toujours aussi brutal.

‍ ‍

L’« Deadly Dozen » va encore plus loin, avec 12 défis associés à des courses de 400 m, poussant les athlètes à enchaîner pratiquement tous les schémas de mouvement et tous les systèmes énergétiques. Des squats « goblet » aux portés au-dessus de la tête, en passant par les snatches avec haltères et les « bear crawls », chaque exercice est conçu pour tester et mettre en évidence une facette différente du puzzle de la condition physique.

‍ ‍

Revendications du mouvement : un test à tous les niveaux

‍ ‍

Du point de vue de l'analyse du mouvement, les courses de fitness en solo englobent pratiquement toutes les activités : la course à pied (locomotion linéaire), les sauts, les poussées, les tractions, les soulevés, les fentes, les flexions, le port de charges et les squats. Ces épreuves exigent de la force sur plusieurs plans, une bonne coordination en condition de fatigue et une qualité de mouvement sous charge.

‍ ‍

La réussite ne se résume pas à accomplir les exercices ; elle dépend de votre capacité à vous déplacer efficacement même lorsque vous êtes épuisé. Une mauvaise technique de course entraîne un gaspillage d’énergie. Des squats mal exécutés épuisent vos jambes et votre dos. Une technique de burpee bancale devient un handicap au bout de plusieurs dizaines de répétitions.

‍ ‍

L'entraînement doit donc porter non seulement sur la capacité à effectuer ces mouvements, mais aussi sur la qualité de leur exécution dans des conditions de stress intense.

‍ ‍

Exigences physiologiques : stress métabolique en mode mixte

‍ ‍

D’un point de vue physiologique, ces courses se situent dans un domaine particulièrement exigeant. Sur le papier, elles sont assez longues, généralement entre 20 et 120 minutes, on pourrait donc s’attendre à ce qu’elles soient principalement aérobies. Et elles le sont. Mais à cette base aérobie s’ajoutent des pics anaérobies répétés : chaque poussée de traîneau, chaque série de rameur ou de « wall ball » fait grimper l’intensité dans la zone rouge. Les athlètes alternent entre efforts cardiovasculaires et efforts musculaires de haute intensité, mettant sans cesse leur corps au défi d’éliminer le lactate et de récupérer tout en continuant à bouger.

‍ ‍

Ce modèle est souvent appelé HIFT (entraînement fonctionnel à haute intensité) et décrit bien le fonctionnement métabolique : le système aérobie assure le fonctionnement continu du « moteur », tandis que le système anaérobie fournit des pics d'énergie. Pour exceller, les athlètes doivent développer ces deux systèmes et, surtout, la capacité de passer de l'un à l'autre sans s'épuiser.

‍ ‍

Cette dynamique s'explique mieux à travers le prisme des seuils lactiques. Le LT1 (seuil lactique 1), également appelé seuil aérobie, marque le moment de l'effort où les taux de lactate sanguin commencent à dépasser les niveaux au repos, signalant ainsi le passage d'un métabolisme principalement aérobie à une production d'énergie mixte, à la fois aérobie et anaérobie. Il est généralement associé à une intensité faible à modérée et à un effort soutenable, où l'oxydation des graisses reste élevée et où la récupération est gérable. Le LT2 (seuil lactique 2), également appelé seuil anaérobie ou point de basculement lactique, correspond à une intensité plus critique : c'est le moment où le lactate s'accumule rapidement dans le sang, indiquant que le métabolisme anaérobie contribue fortement à la production d'énergie et que la fatigue s'installe plus rapidement.

‍ ‍

Pour les coureurs de course à l'endurance, le rythme de compétition se situe souvent juste en dessous, au niveau ou légèrement au-dessus du LT2. Il s'agit de la « zone rouge », un niveau d'intensité très exigeant où les performances sont maximisées, mais qui ne peut être maintenu que pendant une durée limitée. Un entraînement efficace pour la course à l'endurance vise à augmenter le LT2 et à améliorer la tolérance à ce seuil ou au-delà, permettant ainsi aux athlètes de fournir des efforts plus intenses, plus longs, tout en bénéficiant d'une meilleure récupération entre les périodes d'effort intense.

‍ ‍

Il est important de noter que le lactate n’est pas en soi un ennemi. Autrefois considéré simplement comme un déchet responsable de la fatigue, le lactate est désormais reconnu comme une précieuse source d’énergie et un intermédiaire métabolique. Les muscles sollicités, le cœur et même le cerveau peuvent réutiliser le lactate pour produire de l’énergie. Il vaut mieux considérer des taux élevés de lactate comme un indicateur d'une demande métabolique intense plutôt que comme la cause directe de la fatigue. En course de fitness, l'objectif n'est pas d'éviter la production de lactate, mais d'améliorer la capacité de l'organisme à le tolérer, à l'utiliser, à l'éliminer et à le recycler efficacement lors d'efforts répétés de haute intensité.

‍ ‍

Bien que ces épreuves se caractérisent par des efforts répétés de haute intensité, le développement d’une solide base aérobie reste fondamental pour la performance. Un bon moteur aérobie améliore la récupération entre les intervalles, augmente l’élimination du lactate et renforce la capacité de travail globale. Les athlètes anaérobies et hybrides ont tout intérêt à s’entraîner en dessous de leur seuil lactique afin de développer leur endurance et leur résilience. À l’inverse, les athlètes d’endurance gagnent en performance en intégrant des exercices de vitesse et des entraînements à haute intensité afin d’élever leur LT2, d’améliorer leur coordination neuromusculaire et d’affiner leur exécution le jour de la course.

‍ ‍

Les modèles d’entraînement, tels que l’entraînement polarisé et la règle des 80/20 — selon laquelle environ 80 % de l’entraînement est de faible intensité et 20 % de haute intensité —, soutiennent cette combinaison, permettant aux athlètes de développer une base solide tout en ciblant les capacités de haut niveau là où elles comptent le plus. Cela dit, les athlètes ont recours à toute une gamme de répartitions d’entraînement qui s’avèrent efficaces. Certains athlètes privilégient les intensités plus élevées, tandis que d’autres intègrent autant de travail à faible intensité que possible. En fin de compte, la répartition entre entraînement à faible, moyenne et haute intensité dépend fortement du nombre d’heures que l’on peut consacrer à l’entraînement chaque semaine, ainsi que des besoins individuels de chacun.

‍ ‍

Risque de blessure : fatigue et condition physique

‍ ‍

La course de fitness n'est pas un sport de contact. Il n'y a pas de plaquages, mais l'usure physique est indéniable. Les concurrents courent souvent plus de risques de souffrir de blessures liées à une sollicitation excessive à l'entraînement qu'en compétition.

‍ ‍

Le risque de blessure pendant les courses est relativement faible, mais à mesure que la fatigue s'accumule, la qualité des mouvements peut diminuer. Les poussées de traîneau lourd et le transport de sacs de sable exercent une pression sur la colonne lombaire. Les « wall balls » et les « burpees », effectués avec un nombre élevé de répétitions, fatiguent les épaules et les hanches. La course à pied sollicite les genoux et les chevilles. De nombreux ateliers d'exercices compromettent également la performance des jambes pendant la course, les ischio-jambiers et les mollets se raidissant après des mouvements tels que les fentes ou les tractions de traîneau.

‍ ‍

L'entraînement doit donc se concentrer sur le renforcement des principaux groupes musculaires et des articulations, le maintien de la mobilité et la consolidation de schémas de mouvement efficaces à des charges sous-maximales. La gestion des charges d'entraînement revêt une importance capitale. Les athlètes doivent être préparés tant sur le plan de l'endurance que de la performance. Lorsque vous soulevez des poids, vous n'augmentez pas seulement votre capacité à produire de la force, vous augmentez également votre capacité à absorber la force. Lorsque vous courez, vous n’augmentez pas seulement votre capacité à courir plus vite et plus longtemps, vous développez également la tolérance de vos tissus pour qu’ils supportent le stress lié à la course. Le développement de cette tolérance des tissus prend généralement un peu plus de temps que l’amélioration des performances globales. Certes, vous disposez peut-être de la capacité aérobie et de l’endurance musculaire nécessaires pour courir 10 km par jour, mais vos tissus sont-ils prêts à supporter tout ce stress ? Un bon programme d’entraînement consiste à appliquer la bonne dose de stress.

‍ ‍

Éléments tactiques et techniques : c'est la stratégie qui fait gagner les courses

‍ ‍

Même dans les épreuves individuelles, la stratégie joue un rôle primordial. À quelle allure faut-il courir le premier kilomètre ? À quelle vitesse peut-on passer d'un point de ravitaillement à l'autre ? Où faut-il accélérer, et où faut-il se ménager ?

‍ ‍

Les sportifs de haut niveau apprennent à gérer l'intensité avec précision. Ils savent qu'un départ trop rapide peut compromettre la seconde moitié d'une course. Ils s'entraînent à effectuer des transitions efficaces, utilisent des techniques de respiration pour se ressourcer avant de passer à la phase suivante et développent des schémas de mouvement économes en énergie qui leur permettent de préserver leurs réserves sur de longues périodes.

‍ ‍

De petites améliorations peuvent rapporter gros. Une meilleure technique d'aviron permet de parcourir plus de mètres par coup de rame. Une bonne technique au traîneau permet d'éviter le surmenage. Une technique de « wall ball » parfaitement maîtrisée peut faire la différence entre la 1re et la 2e place.

‍ ‍

Épreuves par équipe : coordination, spécialisation et souffrance partagée

‍ ‍

Dans les épreuves de course à pied par équipe, les exigences physiques restent les mêmes. Mais elles sont réparties. Ce passage de la performance individuelle à l’effort collectif modifie considérablement l’analyse des besoins. Il introduit une nouvelle dimension : la coordination entre les deux coéquipiers. La performance ne dépend désormais plus seulement de la force ou de la vitesse de chacun, mais aussi de la capacité des coéquipiers à communiquer, à se synchroniser et à mettre en valeur leurs atouts respectifs.

‍ ‍

Hyrox et Deadly Dozen proposent tous deux des catégories « Doubles/Paires » (équipes de deux) et « Relais » (équipes de quatre).

‍ ‍

Dans les épreuves en binôme, il arrive souvent que les deux concurrents effectuent les parcours ensemble, puis se répartissent les ateliers d'entraînement comme bon leur semble. Cela ajoute une dimension tactique passionnante à la course de fitness : « Quand et à quelle fréquence doivent-ils changer de rôle ? »

‍ ‍

De nombreux concurrents en duo consacrent du temps à réaliser des simulations de course (sims) afin de déterminer et de s’entraîner aux meilleures façons de se répartir les relais : « Qui commence le relais ? Qui le termine ? Combien de changements vaut-il mieux effectuer ? » Le coureur le plus rapide des deux peut choisir de terminer le relais pour permettre au coureur le moins performant de se reposer avant la course. Ou bien, un concurrent plus fort peut effectuer les deux tiers de la poussée du traîneau, avant de laisser le coureur le plus rapide terminer la dernière longueur.

‍ ‍

Les épreuves de relais consistent généralement en des équipes de concurrents qui, à tour de rôle, effectuent un nombre défini de parcours ou de passages par des postes d'épreuves avant de passer le relais au concurrent suivant. Dans l’épreuve « Deadly Dozen », le premier membre de l’équipe de relais effectue un parcours de 400 m et passe par une station d’exercice avant de passer le relais à la personne suivante. Ce format donne lieu à une course où les membres de l’équipe cherchent à tirer parti de leurs points forts. Par exemple, un concurrent plus léger et plus agile peut choisir d’effectuer les sauts en longueur avec burpees ou les «bear crawls», tandis qu’un concurrent doté d’un haut du corps plus musclé peut opter pour le «dumbbell push press» ou le «overhead carry».

‍ ‍

Sur le plan psychologique, les épreuves par équipe font appel à un sentiment puissant : le désir de ne pas décevoir les autres. Cela peut pousser les athlètes à fournir des efforts extraordinaires, mais aussi les conduire au surmenage si ce sentiment n’est pas bien géré. Il n’est pas rare de voir un membre de l’équipe en demander trop à un autre, le poussant ainsi trop loin dans la « zone rouge » et l’empêchant de récupérer. Les équipes doivent savoir comment répartir efficacement la charge de travail, et chacun doit savoir quand prendre le relais et assumer une partie de la charge.

‍ ‍

Du point de vue de l'entraînement, une analyse des besoins pour les épreuves par équipe devrait inclure des séances de simulation. Entraînez-vous aux transitions. Répétez les relais entre les postes. Apprenez à reconnaître les rythmes et les signaux de chacun. Cette cohésion, forgée au fil du temps, devient un atout concurrentiel.

‍ ‍

Que ce soit en solo ou en équipe, les courses de fitness exigent un éventail de compétences variées et adaptables. Mais dans les épreuves par équipe, la manière dont ces compétences sont mises en œuvre, et avec qui, importe tout autant que les compétences elles-mêmes.

‍ ‍

Nous allons maintenant analyser en détail les qualités physiques spécifiques qui sont à la base de la réussite dans ce sport. Pour s'entraîner en vue des courses de fitness, il faut d'abord comprendre l'objectif de cet entraînement. La force, l'endurance, l'agilité et la puissance jouent toutes un rôle. Mais comment interagissent-elles ? Et lesquelles sont les plus importantes ?

‍ ‍

Concevons la palette.

‍ ‍

Les exigences physiques de la course de fitness

‍ ‍

Cette section passe en revue les qualités essentielles qui font la réussite dans les courses de fitness. Considérez-la comme la liste des ingrédients indispensables à l'athlète hybride par excellence. Chaque qualité compte. Chacune a son moment de gloire. Et dans une véritable course de fitness, elles sont toutes mises en avant.

‍ ‍

Force et puissance

‍ ‍

La force brute, c'est-à-dire la capacité à déplacer une charge, est fondamentale. Qu'il s'agisse de pousser un traîneau, de retourner un pneu ou de porter un sac de sable. La puissance, c'est la capacité à déplacer cette charge rapidement ; c'est souvent ce qui distingue les concurrents des vainqueurs.

‍ ‍

Contrairement à la force athlétique ou aux épreuves de « strongman », les charges utilisées dans les courses de fitness sont sous-maximales. Mais elles vous sont imposées alors que votre cœur bat à tout rompre et que vos jambes sont à bout. C’est là tout le défi : faire preuve de force fonctionnelle en état de fatigue. Vous n’avez pas besoin de soulever 300 kg/660 lb en soulevé de terre. Mais vous devez effectuer 60 squats avec 16 kg/35 lb après une course intense, puis repartir courir.

‍ ‍

En matière d'entraînement, cela consiste à associer la musculation au cardio. Des soulevés de terre avec kettlebell à nombre élevé de répétitions après des séries d'intervalles. Des parcours avec des disques de musculation après des séries de 400 mètres.

‍ ‍

Endurance aérobie

‍ ‍

Voici le moteur. Cet élément discret et sans prétention qui vous emmène du début à la fin.

‍ ‍

Les courses de fitness durent souvent entre 20 et 120 minutes. Cela signifie que votre cœur, vos poumons et vos muscles doivent être capables de soutenir l'effort sur la durée. La VO₂ max, le seuil lactique et l'efficacité aérobie entrent tous en jeu. Dans une course comme l'Hyrox, la Deka ou l'Deadly Dozen, la fréquence cardiaque reste élevée pendant la quasi-totalité de l'épreuve : souvent à 80 % du maximum, voire plus.

‍ ‍

Sans condition physique aérobie, vous ne tiendrez pas la distance. Vous atteindrez rapidement vos limites et passerez le reste de la course à peiner pour récupérer. Avec une bonne condition physique aérobie, vous pourrez maintenir votre rythme, récupérer entre les efforts et contrôler votre respiration au moment crucial.

‍ ‍

En matière d'entraînement, privilégiez la course à rythme constant et les longues séances de conditionnement métabolique (metcons) qui allient musculation et cardio à une intensité soutenue, ainsi que les intervalles de seuil.

‍ ‍

Endurance anaérobie

‍ ‍

Si l'endurance aérobie est le moteur, la capacité anaérobie est le turbo. Les compétitions de fitness exigent des efforts répétés à haute intensité, tels que les fentes marchées, les burpees et le vélo d'appartement. Chacun de ces exercices met à rude épreuve votre capacité à fournir un effort sans oxygène, à supporter la sensation de brûlure musculaire et à récupérer suffisamment vite pour recommencer.

‍ ‍

C'est le principe « donner le maximum, récupérer en continuant à avancer, puis recommencer ». C'est ce qui distingue ces courses des épreuves d'endurance traditionnelles. Chaque poste de contrôle correspond à un intervalle intense. Les meilleurs coureurs peuvent repousser leurs limites encore et encore sans s'effondrer.

‍ ‍

L'entraînement comprend des séances par intervalles, notamment des séries de sprints et de repos, des EMOM (every minute on the minute) à haute intensité, des circuits avec un temps de repos minimal et de la course en conditions difficiles. En compétition, cela se traduit par la capacité de l'athlète à ramer à fond, à courir jusqu'à la station suivante, puis à enchaîner des développés avec haltères sans perdre le rythme.

‍ ‍

Endurance musculaire

‍ ‍

C'est une chose d'être fort. C'en est une autre de rester fort au fil du temps.

‍ ‍

L'endurance musculaire est la capacité à effectuer des contractions répétées sans faiblir. Dans les compétitions de fitness, cela signifie 100 « wall balls », 60 « snatches » et 1 km d'aviron, alors même que vos épaules, vos jambes et vos mains vous supplient d'arrêter.

‍ ‍

C'est là que la technique flanche. C'est là que se jouent les victoires et les défaites. La question n'est pas de savoir si vous êtes capable d'effectuer le mouvement, mais si vous êtes capable de continuer à le faire alors que vos muscles sont à bout.

‍ ‍

L'entraînement comprend des séries longues, des circuits à nombre élevé de répétitions et des AMRAP (autant de tours que possible). Le succès le jour de la course, c'est de soulever le sac de sable une seule fois et de ne pas le reposer avant d'avoir terminé les fentes.

‍ ‍

Agilité et vitesse

‍ ‍

L'agilité peut sembler hors de propos ici ; on l'associe davantage aux sports de plein air, mais dans les courses de fitness, elle joue un rôle essentiel. La rapidité, la coordination et l'efficacité des enchaînements permettent de gagner des secondes, et ces secondes s'additionnent.

‍ ‍

Qu'il s'agisse de se faufiler dans un espace restreint, de changer rapidement de station ou simplement d'enchaîner les répétitions à un rythme soutenu, la vitesse est une arme secrète. Des burpees rapides. Des fentes précises. Des demi-tours nets lors des courses de va-et-vient. Tout compte.

‍ ‍

L'entraînement à l'agilité, les exercices avec des cônes et les exercices de vitesse multidirectionnels ont toute leur place ; c'est amusant et cela peut constituer un excellent moyen de s'échauffer et de préparer le corps à des intensités maximales. Il en va de même pour les sprints courts. Vous n'aurez peut-être pas à courir un sprint de 20 mètres pendant la course, mais votre capacité à vous déplacer rapidement et avec précision porte tout de même ses fruits.

‍ ‍

Équilibre et coordination

‍ ‍

Dans la course de fitness, on isole rarement les muscles ; on bouge comme un tout. Et cela demande de l'équilibre et de la coordination.

‍ ‍

Êtes-vous capable de monter et de descendre d'une caisse alors que vous êtes fatigué ? Pouvez-vous faire des squats tout en tenant un objet lourd et en restant debout ? Pouvez-vous effectuer des fentes avec un sac de sable sur les épaules sans trébucher ?

‍ ‍

La coordination est une question de rythme : ramer en suivant les principes de la mécanique des fluides, synchroniser un squat et un lancer lors d'un « wall ball », coordonner sa respiration avec les mouvements. Lorsque ces éléments ne fonctionnent plus, l'efficacité disparaît et les blessures peuvent surgir.

‍ ‍

Souplesse et mobilité

‍ ‍

Ce n'est pas parce que tu es souple que tu vas gagner une course, mais tu risques d'en perdre une si tu ne l'es pas.

‍ ‍

La mobilité favorise une bonne technique. Elle permet d’effectuer des squats profonds, des fentes bien exécutées et des rameurs efficaces. Des hanches tendues, des épaules raides et une mauvaise flexion dorsale de la cheville deviennent autant d’obstacles. Pire encore, la fatigue accentue ces problèmes. Un athlète qui bouge bien au premier round peut s’effondrer au huitième.

‍ ‍

Force de préhension

‍ ‍

La perte de prise est l’une des défaillances les plus courantes dans les courses de fitness. Les « Farmer’s carries », les tractions de traîneau et les soulevés de terre sollicitent tous fortement les mains et les avant-bras. Et dès que la prise lâche, tout devient plus difficile.

‍ ‍

Ce qui rend la prise difficile, c'est que la récupération est lente. On peut se remettre de jambes lourdes. Mais quand les avant-bras sont à vif, c'est une autre histoire.

‍ ‍

L'entraînement de la force de préhension, notamment les transports de charges lourdes, les suspensions et les tractions à la corde, est essentiel. La réussite le jour de la course se mesure au fait qu'un athlète soulève les kettlebells sans jamais les reposer.

‍ ‍

Pour résumer tout cela, imaginez une seule séquence de course :

‍ ‍

Vous vous lancez dans la zone d’entraînement (endurance aérobie et vitesse). Vous enchaînez avec des burpees (puissance, coordination, endurance musculaire). Vous attrapez un sac de sable (force, prise, mobilité). Vous le transportez à travers l’arène (équilibre, force du tronc, force des jambes). Vous le posez, vous reprenez votre souffle (récupération), puis vous recommencez à courir.

‍ ‍

La course de fitness ne consiste pas à exceller dans une seule qualité, mais à les intégrer toutes. Ce n’est pas un seul mouvement de musculation. Ni un seul sprint. C’est un millier de petites décisions, de mouvements et de phases de récupération qui s’enchaînent sous pression.

Jason Curtis

www.jasoncurtis.com

12 × 12

Connaître la norme

Consultez les conditions requises pour le format de course que vous avez choisi, puis comparez-les à votre niveau actuel.

Comparer les formats de course